LE DROIT Á L'EAU : Á QUAND LA FIN DU CAUCHEMAR POUR LE CONGO BRAZZAVILLE
AU VU DES POTENTIALITÉS énergétiques du pays, l'affaire pourrait prêter à sourire, voire à rigoler. Personne ne peut expliquer sérieusement cela. D'ailleurs, tous les hydrauliciens avec qui j'ai eu l'occasion de discuter sont unanimes: ce n'est pas possible. C'est une grosse farce digne de Mr. Bean, Benny Hill, Nkaba Ndudi et Ngadiadia réunis, sans oublier Michel Gohou et Adama Dahico.
J'ai lu dans la Pravda locale du Congo-rive droite, en fin d'année 2007 sous la plume de Lydie Gisèle que les habitants du quartier 32 de Poto-Poto manquaient d'eau courante depuis 2 ans déjà, soit depuis 2007. En plein 21e siècle.
POUR SITUER LES PROFANES, Mfoa (Brazzaville) la capitale du Petit Congo est divisé en 7 arrondissements et dans chaque arrondissement, il y a les quartiers qui vont de 10 à 19 par exemple (je dis au pif), de 20 à 29… et de 70 à 79, selon la taille et les subdivisions du cadastre.
Poto-Poto, c'est avec l'arrondissement 2 Bacongo, les premiers quartiers populaires, ou d'indigènes qui ont vu le jour sous la colonisation, entourant assez bien le centre-ville, ou la ville, appelée ainsi par les colons (bien sûr, eux étaient en ville et les autres pas). Les choses n'ont pas vraiment changé car comme dans les petites villes de province en France, au Congon Brazzaville, "aller en ville" signifie aller au centre-ville pour les habitants des quartiers entourant le fameux centre-ville;
Feu le chanteur RDCien, Dindo YOGO nous le rappelait bien dans une chanson avec son groupe Zaïko Langa-Langa: Brazzaville e bandaka na Poto-Poto. On est donc aux portes du centre-ville de la capitale politique et l'eau est aussi rare que des poils sur la Tête du Vieux Manoir (Légendaire coureur cycliste congolais (1916-10 décembre 1985), chauve. Au point que même pour ceux qui ne l'ont jamais vu, l'expression est entrée dans le parler de tout le monde: “Libengue ya vieux Manoir” (la calvitie du Vieux Manoir).
Résultat des courses, il faut aller, quand on peut aux forages et payer 50 à 150 FCFA par bidon. Il y a aussi les puits et les eaux de pluie. Mais pour recueillir ces dernières, il faut avoir de beaux fûts de 200 litres à domicile, et ces derniers ne sont pas toujours donnés. Quand les voleurs ne s'y mettent pas non plus…
Inutile de vous dire que dans notre beau pays, la SNDE (Société Nationale de Distribution d'Eau) s'en fout complètement car, non content de ne pas remplir ses missions de service public, elle continue à facturer aux clients (il y a longtemps qu'ils ne sont plus usagers) des services… qui ne sont pas rendus depuis le baptême du Diable !
Poto-Poto, c'est l'arrondissement qui a vu grandir Noumaz et Békol. Comme quoi, même là, ces gens sont égaux. Potal (le surnom de cet arrondissement), est depuis les élections de 1992 l'un des bastions du PCT. Il faut croire que ce parti, au pouvoir de sa création jusqu'en 1991 et depuis 1997 à ce jour, n'en a rien à cirer de ces gens qui, depuis des décennies, non seulement vivent en pleine boue (D'où son nom qui signifie dans certaines langues locales "la boue" ou "la bouillie") lorsqu'il y a 2 gouttes d'eau qui tombent du ciel, mais en plus, ne bénéficient même pas des commodités minimales.
Il n'est point injurieux de dire que cet arrondissement a le triste label d'être le plus crasseux de notre ville-capitale !
DANS LE TITRE DE L'ARTICLE, j'ai mis "Poto-Poto", mais je dois à la vérité de dire que cela est valable pour quasiment tous les arrondissements de cette ville. Tenez: j'ai de la famille qui a aménagé à Nkombo-village en 1991 (arrondissement 7, Mfilou, mais curieusement situé sur la Route du Nord, allez y comprendre). Ce quartier était déjà habité depuis des années. Les premiers robinets d'eau ont fini par voir le jour plus de 14 ans après. A peine installés, ces robinets étaient déjà en panne sèche ! Pourquoi ?
La SNDE, comme souvent n'explique rien à qui que ce soit. De toutes les façons, le Congolais est un bon payeur. Il paie et n'a plus qu'à la fermer. Les gens sont rapidement retournés à leurs tonneaux et à leurs bidons.
Je ne vous raconte pas le calvaire des habitants de ce quartier: c'est digne d'une épopée ! Au quartier Moukondo c'est pareil. Les gens, depuis bientôt 30 ans sont obligés de se lever à 01 h ou 02 h du matin pour avoir de l'eau. Inutile de vous dire que si vous rentrez tous les soirs bourrés, vous avez intérêt à avoir des bras disponibles à domicile pour votre eau de la douche du lendemain matin…
Le quartier de Talangaï qui a longtemps été épargné comme certains quartiers a suivi le mouvement. Or, avec Poto-Poto, c'est l'arrondissement qui constitue la base même de ce fameux PCT (Partic Congolais du Travail).
J'ai vu dans les années 90 des scènes incroyables à Mfilou, fief de l'UPADS. C'est dire avec quel mépris et légèreté nos élites peuvent traiter un sujet aussi crucial que celui de l'eau. Décrire ici le réseau hydrographique, extraordinaire de notre pays risquerait de provoquer des panaris aux cerveaux de celles et ceux qui se demandent comment on manque d'eau courante dans ce pays.
J'ETAIS ETONNÉ EN 2006 d'apprendre de la part de certains habitants de Pointe-Noire qu'ils étaient devenus consommateurs d'eau minérale. J'ai cru à une grosse blague ! Les eaux qui sortent des tuyaux sentent mauvais, la même odeur que tu trouves dans les toilettes ! me dira-t-on en guise d'explication.
En fait, ce n'est pas bien difficile à comprendre car les tuyaux de la SNDE étaient percés et ont rencontré comme par bonheur les fosses sceptiques. A t-on idée de laisser la population s'empoisonner de la sorte ?
A la CNS de 1991, on avait passé au crible la gestion calamiteuse de toutes les entreprises étatiques et para-étatiques. Les constats avaient été faits. On connaissait les maux. Or :
· Aucun des dirigeants de ces entreprises n'ont été traînés devant les tribunaux;
· On n'a jamais pris des mesures pour que ces choses ne se reproduisent plus jamais ou, à tout le moins, qu'on limite la casse.
Tout est reparti comme après une bagarre d'enfants de la maternelle : on oublie tout, on efface tout et on est copains comme cochons.
Or, ce sont ces laisser-aller, ces légèretés qui, entre autres font que les nouveaux dirigeants nommés de 1991 à aujourd'hui (soit bientôt 20 ans, le temps de passer un Deug) estiment pouvoir faire ce qu'ils veulent. Ils n'ont aucune obligation de résultat ni de comptes d'ailleurs.
On constate juste que, malgré leurs revenus officiels modestes (en général les DG d'administrations publiques n'ont pas de paies mirobolantes, il faut le savoir, mais pas mal d'avantages par contre), ils mènent grand train, et souvent même plus que des ministres.
IL FUT UN TEMPS PAS SI LOINTAIN où le mot "privatisation" se conjuguait à tous les temps. Même dans un pays comme le Congo Brazzaville, où ce ne sont pas les marxistes qui manquent, tout le monde ou presque ne jurait que par les privatisations de toutes ces entreprises publiques qui avaient plus ou rendu gorge.
Je ne suis pas dogmatique vis-à-vis de cette manière de faire. Par principe, sans être un fan absolu du libéralisme économique, je me classerai même dans les camps des progressistes, mais je pense en même temps que le communisme (tel qu'il a été appliqué en Europe de l'Est, à Cuba et en Extrême-Orient) est, par essence même contre la nature humaine, favorisant un peu trop la paresse, l'assistanat et le laisser-aller (désolé noko, si tu me lis, toi comme moi n'allons pas changer nos fusils d'épaule à nos âges. Les branches ont déjà pris leurs formes).
Si cela ne me dérange pas que certains pans de notre activité se retrouvent, en respectant le droit, entre les mains des capitaux privés, je pense qu'il est des secteurs qui sont régaliens et qui devraient le demeurer : l'électricité, les télécommunications (une partie au moins) et l'eau par exemple. Cela ne devrait même plus faire l'objet de tergiversations de la part de nos décideurs politiques. Nombre de sociétés d'eau qui ont été privatisées en Afrique ont connu des échecs sanglants. Ce qui fait dire à pas mal d'Africains que finalement la démocratie est une mauvaise chose.
En Europe, où le tout privatisation va du Portugal aux confins de l'ex-Pacte de Varsovie, les usagers d'hier sont devenus des clients et voient leurs factures gonfler aussi vite que la tête d'un Monsieur-je-sais-tout. Il n'est pas possible que dans un pays comme le nôtre, où la SNDE a le monopole, elle ne soit pas capable de fournir ce service de base, mais qu'en plus, personne ne sache où va son argent ni comment cette maison est vraiment gérée.
Il y a un modèle que l'on pourrait très bien expérimenter, c'est la création de régies des eaux départementales ou para-départementales. Par exemple :
- Une régie commune à la Lékoumou et aux Plateaux;
- Une régie commune au Pool et à Mfoa;
- Une régie commune à la Cuvette Ouest et à la Sangha etc.
De sorte que chaque directeur réponde directement auprès par exemple du directeur général de l'eau, au sein d'un grand ministère regroupant l'Environnement (Écologie, Sols, etc.).
Au Maroc, même s'ils ont fini par privatiser, il existe une décentralisation de sorte que dans les grandes agglomérations ou régions, les agences de l'eau ne dépendent pas toutes d'un PDG et sont au contraire autonomes.
On sait ce qu'il en coûte pour un ressortissant de Pokola d'attendre un hypothétique courrier de la capitale politique. S'il ne se déplace pas à des centaines de kilomètre, il a toutes ses chances de recevoir ses papiers de pension de retraite entre 4 planches.
De plus, ces directeurs nommés à la tête de ces agences interdépartementales des Eaux (de l'eau, peu importe) devront passer devant les députés pour être auditionner comme il se doit car il faut en finir avec ces nommés qui ne se sentent responsables devant personne, si ce n'est leurs parapluies. Il leur faudra parler, s'expliquer: pourquoi ils acceptent ces missions ? Que vont-ils faire ? Qui sont-ils ? Qu'ont-ils fait avant ? Ont-ils des casseroles ?
LE CONGO COMPTE DE NOMBREUX ingénieurs en hydraulique, en mécanique, en informatique (industrielle, de gestion), en électrotechnique, récemment formés qui ne sont pas pires que ceux des autres pays. Il serait temps de leur faire confiance, qu'ils mettent en pratique ce qu'ils ont appris ailleurs car, avec tous les cours d'eau gratuits que nous avons au pays, partout, il est bête et même très stupide de manquer d'eau courante. Cela ne peut se concevoir au sein d'un esprit sain, un tant soi peu cartésien.
J'ai eu le plaisir et le bonheur d'assister à des soutenances de thèses, de mémoires d'ingénieurs où ces derniers démontraient, après des études de faisabilité comment nos pays au Sud du Sahara non seulement feraient d'énormes économies en appliquant leurs directives, mais en plus gagneraient plein d'argent. Plus il y a de monde raccordé au réseau, plus les sous rentrent. C'est mécanique. Pas besoin d'aller demander à nos grands-mères enterrés depuis des années de revenir nous dire comment faire. Non, les outils, les armes, nous les avons, à commencer par des Hommes formés ! Dois-je rappeler que cela fait des années que l'on nous promet des barrages hydro-électriques à tours de bras ?
POUR NE TROP VOUS FATIGUER, chers lecteurs, je ne saurais boucler ce billet par la nécessité de la construction d'une école ou deux, d'ingénieur en hydraulique. C'est bête mais, aussi étonnant que cela puisse paraître, après 50 ans d'autonomie politique (et non pas d’indépendance), le Congo Brazzaville n'en a pas et c'est un vrai déficit à combler le plus rapidement possible.
On peut mettre cette école à Moukoukoulou, pas loin de Pointe-Noire aux abords des gorges de Diosso, pas loin de la Loufoulakari, à Mossaka ou que sais-je encore. Il en va de notre devenir à tous et à toutes, les parents économiseraient beaucoup d'argent car je peux vous dire que les études d'ingénierie, ce n'est pas donné.
L'eau c'est la vie : on devrait même inscrire dans la Constitution le droit à l'eau !
Nous Sommes le Congo !
Cessons d'Avoir Peur !
Pour un Etat de Droit au Congo !
"Chaque génération a le choix entre trahir ou accomplir sa mission"
Celui qui lutte peut gagner ! Celui qui ne lutte pas a déjà tout perdu !
http://patrickericmampouya.com/
Photo du logo: Le Quartier de Poto-Poto à Brazzaville Sans Eau, en plein 21e siècle.
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