OPERATION SABLE PROPRE
L'Office de Tourisme de Sainte-Anne en Martinique a organisé, en partenariat avec la Ville de Sainte-Anne, le Conservatoire du Littoral et l'AMEPAS (Association Mémoire Patrimoine Sainte-Anne), la 13ème édition de l'Opération Sable Propre mercredi 14 juillet 2010 de 8h à 13h sur le site des Salines dont 80 ha appartiennent désormais au Conservatoire du Littoral (CEL).
Il s'agit d'une opération annuelle par laquelle l'OTSA ambitionne de sensibiliser le public des salines et usagers des plages à la protection de l'environnement à travers le nettoyage de la plage et d'autres actions de sensibilisation et d'information variant selon les années. Cette année, cette opération ambitionnait de mettre en avant deux faits majeurs de l'histoire du site des salines, la labellisation RAMSAR décernée par le bureau du même nom en 2008, ainsi que l'acquisition de 80 hectares de terre du site des salines par le Conservatoire du Littoral, institution publique française ayant pour mission la protection des littoraux, par l'achat des sites, les rendant ainsi publics. Cette acquisition a été réalisé grâce à une procédure d'expropriation lancé par les élus de Sainte-Anne au profit du Conservatoire du Littoral, ou siège le Maire de Sainte-Anne, en tant que président du Conseil des Rivages d'Amérique, comprenant les antennes du Conservatoire en Martinique, Guadeloupe, Saint-Martin, Guyane, Saint-Pierre-et-Miquelon.

le premier groupe de marcheurs près de l'étang des salines
Pour illustrer ce premier fait majeur, la labellisation RAMSAR, il a été proposé au public de se rendre autour de l'étang des salines avec un garde du littoral du Conservatoire du Littoral, Michel VALSIN. Le label RAMSAR nait en 1971 de la Convention RAMSAR, signée en par des représentants de plusieurs pays du monde, de l'ONU, de l'UNESCO, avec l'ambition de préserver les zones humides de favoriser leur conservation, ainsi que celle de leur flore et de leur faune et de promouvoir et favoriser leur utilisation rationnelle. Les zones humides sont définies comme des étendues de marais, de fagnes, de tourbières, d'eaux naturelles ou artificielles, permanentes ou temporaires, où l'eau est stagnante ou courante, douce, saumâtre ou salée, y compris des étendues d'eau marine dont la profondeur à marée basse n'excède pas six mètres. Il existe 1 400 sites RAMSAR dans le monde et 37 en France.

Roland GONZALVE, président de l'Office de Tourisme de Sainte-Anne, Garcin MALSA, Maire de Sainte-Anne, Marie-Michèle MOREAU, responsable de l'antenne de la Martinique du Conservatoire du Littoral, et Moïse LOUMENGO, président de l'AMEPAS.
La visite proposée par le garde du littoral Michel VALSIN a été ponctué par un rappel historique sur la vie économique qui existait autour de l'étang dans le passé, avec une usine à sucre qui produisait du sirop batterie, et disposant d'une pompe à eau en pierre de taille, un abattoir, une digue, une ancienne plantation de raisins, ou des plantations de melons. Le public a pu observer que la lisière délimitant l'habitation Salines Blondel, actuellement détenue par la famille De Gentil, de l'habitation Salines Dillon détenue par la famille Lodéon, se poursuivait dans l'étang. Durant les années 60, les propriétaires projetaient d'assécher l'étang pour pouvoir s'approprier les terres. Ils avaient fait analyser les eaux ayant été relâchée par la digue toute proche, de façon à la faire reconnaitre comme eau douce, pour pouvoir en réclamer la propriété, nous raconte le garde du littoral. C'est dans les années 80 que l'ASSAUPAMAR (Association pour la Sauvegarde du Patrimoine Martiniquais), avait entreprit la réhabilitation du canal sud-est que le maire de Sainte-Anne paracheva dès sa première mandature. Cette visite a été aussi l'occasion d'évoquer la richesse de la biodiversité résidant autour de l'étang, au niveau de la flore, avec la présentation des palétuviers, noirs, blancs, rouges, et gris, et de leurs signes distinctifs, ainsi qu'au niveau de la faune, avec un passage par l'observatoire fort apprécié par le public. Cet observatoire commandé par le Conservatoire du Littoral et mis en place par l'ONF en 2005 suite à un appel d'offre, présente des photos des principales espèces d'oiseaux, de crustacés, dans le milieu que l'on peut apercevoir depuis ce même observatoire.

Michel VALSIN, garde du littoral
Suite à cette marche-visite proposée par le Conservatoire du Littoral, l'OTSA a convié le public à un goûter composé de fruits, de sandwichs. Et c'est à 10h30 que le public a rejoint l'espace AMEPAS (Association Mémoire Patrimoine de Sainte-Anne) pour un débat autour de l'acquisition de 80 hectares de terres par le Conservatoire du Littoral. Au programme, une prise de parole d'une heure des principaux responsables des organisations partenaires de l'opération, et une prise de parole du public avec des questions diverses qui a duré deux heures. C'est M Garcin MALSA, maire de Sainte-Anne qui s'est d'abord exprimé en revenant brièvement sur le processus qui a précédé l'acquisition des 80 hectares de terre aux salines, et de l'étang des salines par le Conservatoire du Littoral. Suite à la constatation d'une forte pression anthropique, correspondant à environ 2,5 millions de véhicules à l'année pour les salines, la municipalité de Sainte-Anne envisageait déjà il y a plusieurs années, la création d'un parking paysager de 4 hectares à l'entrée des salines avec l'objectif de ne plus permettre l'accès des voitures sur le site de façon à préserver certaines espèces dont les tortues, notamment. Se posait alors le problème du foncier. C'est ainsi que Garcin MALSA entreprit une procédure de consultation auprès du propriétaire foncier, pour tâcher de parvenir à un terrain d'entente autour de l'acquisition par la municipalité d'un terrain de 4 hectares pour la réalisation du parking. On est alors dans le début des années 90. C'est suite à l'échec de cette procédure quelques années plus tard, qui avait impliqué des négociations en sous-préfecture du Marin, que la municipalité s'est tournée vers le projet d'expropriation. Cette dernière aurait été difficile si la municipalité avait tenté de l'obtenir pour le compte de la commune compte tenu de sa position politique, c'est pourquoi le Maire de Sainte-Anne a proposé au Conservatoire du Littoral de lancer la procédure d'expropriation. C'est alors qu'il ne s'agissait plus d'exproprier 4 hectares pour la réalisation d'un parking, mais que le Conservatoire du Littoral puisse acquérir 80 hectares par expropriation, pour protéger et préserver ce merveilleux site des salines, selon une unité paysagère et écologique. Cette démarche a été subordonnée à l'obtention d'un arrêté préfectoral d'utilité publique, permettant la mise en place d'un parking pour un meilleur usage du site des salines dans l'objectif de la conservation d'une unité écologique.
La procédure d'expropriation s'est achevée le 11 mai 2010, lors du rendu du jugement du juge d'expropriation qui a évalué à un peu plus de 4 million d'euros comme étant le montant que devait verser le Conservatoire du Littoral au propriétaire foncier des 80 hectares de terre concernée par la procédure. Et a Garcin MALSA de préciser que le site des salines est une marque identitaire forte pour la Martinique, la presque île de Sainte-Anne étant une des premières partie émergée de la Martinique, ainsi que par la présence sur le site, des marais salants, de la savane des pétrifications.
C'est ensuite que Marie-Michèle MOREAU, responsable de l'antenne de la Martinique du Conservatoire du Littoral a pris la parole en rappelant que le Conservatoire du Littoral, créé depuis 1975 a pour première compétence la conservation des espaces littoraux, avec l'achat des terres pour les rendre publiques et accessibles à tous. Concernant la procédure d'expropriation, elle a précisé qu'il a fallu 4 ans pour au juge d'expropriation pour attribuer la somme de 4 millions d'euros comme correspondant au coût des terrains concernés. Les deux partis concernés ont fait appel, mais la somme a d'hors et déjà été consignée à la Caisse des dépôts et consignations. Il est à noter que suite à la décision du juge d'expropriation le Conservatoire du Littoral peut prendre possession du terrain.
C'est Moïse LOUMENGO, président de l'AMEPAS qui s'est exprimé ensuite. L'Association Mémoire Patrimoine de Sainte-Anne association de protection de l'environnement ayant œuvré depuis 1995 pour la protection du site des salines, et ayant participé activement durant plusieurs années à des études scientifiques sur des espèces de crabes de terre. Elle organise chaque année le V.I.E., ou Village Initiatives Echanges, du 14 juillet au 14 août, qui propose des actions de prévention autour de la protection de l'environnement, la lutte contre la toxicomanie, la violence, et la prévention contre les maladies sexuellement transmissibles.
Lors de sa prise de parole Moïse LOUMENGO a rappelé que c'est suite à son retour de France en 1994 qu'il a participé à la démarche de concertation voulu par les élus de la Ville de Sainte-Anne avec le propriétaire foncier des terrains concernés par le projet de parking. Il a été un intermédiaire entre le Maire Garcin MALSA, et le propriétaire, un monsieur de Gentil. Il a rappelé quelques difficultés des rencontres et des échanges entre les deux parties. Il a aussi précisé que le choix du Conservatoire du Littoral n'a pas été un choix politique facile, de part les discussions qui ont du avoir lieu pour ensuite aboutir au choix du Conservatoire pour lancer la procédure d'expropriation.
C'est ensuite M Roland GONZALVE président de l'Office de Tourisme de Sainte-Anne, qui a rappelé les principes et les fondements de l'Opération Sable Propre, quant à la sensibilisation au respect du site des salines par les usagers. Il exprimé sa joie de militant de voir cette procédure arriver à son terme, pour la protection de l'environnement.
C'est après cette heure de prise de parole que le micro a circulé dans l'assistance durant deux heures. C'est ainsi qu'un jeune père de famille d'origine saintannaise a interpellé le Conservatoire du Littoral sur la propriété privée de certains littoraux n'en permettant pas l'accès, suite à une anecdote rendant compte de son éviction manu militari par un propriétaire terrien au François. La responsable du Conservatoire du Littoral a précisé que toute démarche en la matière doit d'abord venir d'une volonté politique forte de l'édilité politique locale, en l'occurrence de la municipalité concernée.
Et a Garcin MALSA de préciser que les maires doivent prendre leurs responsabilités, la pression populaire étant un élément important aidant à toute démarche revendicative quant à la propriété du foncier. A lui de rappeler la légitimité des passages longitudinaux et des passages transversaux sur le littoral, puis de rappeler que l'acquisition fait par le Conservatoire du Littoral est historique et symbolique, du fait que le site des salines est un miroir touristique pour la Martinique. Il rappelle outre mesure que ce travail au niveau du foncier permet au peuple de bénéficier d'une ouverture sur le littoral, ainsi que d'une pleine accessibilité à la mer, chose très importante pour le peuple d'une île comme la Martinique. Puis survint une question quant au fonctionnement hydraulique de l'étang des salines. C'est à Marie-Michèle MOREAU, responsable de l'antenne de la Martinique du Conservatoire du Littoral de répondre qu'il ne constitue pas une priorité pour le moment pour le Conservatoire, mais que la priorité aujourd'hui est l'aménagement de l'aire naturellle de stationnement, sur un espace de 4 hectares.
C'est ensuite Amandine CHANTEUR, présidente de l'ADJR, Association des Jeunes de Redoute et de Ravine Vilaine, qui s'est exprimé en traduisant son admiration et son soutien à Garcin MALSA de part l'aboutissement de cette action d'expropriation. Elle a souligné la liberté de Garcin MALSA face à certains intérêts békés, que sous-tend cette action. Elle a déclaré être prête à apprendre de ses aînés les rouages des luttes pour la protection de l'environnement de façon à pourvoir les transmettre à ses descendants. C'est avec émotion qu'elle rappela : « Quand je suis arrivée ici, on m'a dit bienvenue chez toi ».
C'est alors qu'elle se propose d'investir ce lieu, comme beaucoup d'autres lieux de la Martinique, elle, son association et ses membres, pour sortir certains jeunes d'un certain marasme des cités du centre de la Martinique, notamment Fort-de-France. L'ADJR était présente lors de l'opération Sable Propre aussi pour faire part de la caravane de prévention 2010 conduite par l'association, annonçant ainsi deux prochaines dates, le jeudi 15 juillet à Saint-Joseph, et le Jeudi 22 juillet à Sainte-Anne, à la Pointe Marin.
Une participante a rappelé que ce débat de la protection de l'environnement dépasse le cadre saintannais, dépasse le cadre martiniquais, mais relève d'un enjeu mondiale. A elle de préciser l'importance du cadre que constitue le Plan de Développement Durable et Solidaire, et l'Agenda 21, et de dire qu'il faut que le monde sache ce qu'il y a dedans, et c'est à nous de convaincre que c'est bien dans ce sens là qu'il faut aller. Elle a rappelé l'importance de donner du contenu à ce cadre, avant de terminer par une boutade, qui est l'idée d'installer un péage à l'entrée de Sainte-Anne, pour que les gens aient à payer pour prendre un bol d'air frais.
C'est à Mme HOSIER, Directrice de l'Office de Tourisme de Sainte-Anne, de rappeler une phrase de Garcin MALSA alors président de l'ASSAUPAMAR, « Tè sé bwa, bwa sé dlo, dlo sé la vi », et rendre un hommage appuyé au Maire de Sainte-Anne, en rappelant sa force, son « entêtement » à s'être battu durant toutes ces années pour remporter cette victoire.
Puis, c'est à une militante de proposer que dans le cadre des réparations, tant défendues par Garcin MALSA, alors président du MIR (Mouvement International pour les Réparations), qu'au lieu des 4 millions requis pour les 80 hectares de terre acquis par le Conservatoire du Littoral, que soit versé un euro symbolique. M. le Maire Garcin MALSA, alors président du Conseil des Rivages d'Amérique, en a tout de suite pris acte, en disant qu'il allait tenir compte de cette suggestion en proposant cela en octobre prochain en conseil d'administration au Conservatoire du Littoral.
C'est alors que Garcin MALSA a conclu ces deux heures d'échanges par une intervention pleine de passion, en commençant par : « la question de la terre en Martinique repose dans la tête des martiniquais, et même des élus martiniquais, comme un fatalisme historique ». En précisant que les terres détenues par les békés n'ont jamais été achetées par eux. Il s'en rendit compte lorsqu'un consortium de 11 békés l'avait attaqué en justice, alors président de l'ASSAUPAMAR, son avocat leur avait demandé de produire des titres de propriété qu'ils étaient incapable de présenter, et c'est au titre de la prescription trentenaire qu'ils ont obtenu ces titres.
Peu après, il scanda : « Tè ta-a piblik ! », en parlant des 80 hectares entrant dans le domaine public. Pour la petite histoire, des jeunes non-loin scandèrent à leur tour « hip-pip-pip wé ! » tant l'intensité du propos de Garcin MALSA se faisait entendre. A M. MALSA de préciser : « pourquoi sommes-nous capable de cela ? C'est parce que je n'ai jamais eu ni pieds ni mains liés avec les békés. On a prouvé que l'on peut gérer une municipalité sans être acoquiné avec les békés. » C'est alors qu'il précisa que ce n'est pas de l'entêtement de sa part, mais de la détermination, en réponse aux propos de Mme HOSIER, Directrice de l'Office de Tourisme de Sainte-Anne, et de conclure par une citation de Thomas SANKARA : « là ou s'abat le découragement, s'élève toujours la victoire des persévérants. »
Cette matinée rendant compte d'un moment important dans l'histoire de la Martinique s'est achevée dans la convivialité autour d'un tinen-lanmori pour le plaisir de tous.
La responsable de l'antenne de la Martinique du Conservatoire du Littoral précisa enfin qu'elle espère que les travaux de l'aménagement de l'aire naturelle de stationnement pourront débuter dès septembre.
David MONTJEAN
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