Pôle Emploi Colombes : Radiation, Vocifération, Réintégration.
Autrefois, la simple vision d'une dizaine de précaires distribuant des tracts dans une agence suffisait souvent à faire rappliquer dare dare la direction outragée mais réaliste, prête à annuler toutes les radiations qu'on voudrait pour que d'autres chômeurs ne passent pas par là par hasard et joignent leurs revendications aux nôtres.
Mais, en ces temps chaotiques où les agences Pôle Emploi sont bondées, où les directeurs sont toujours à des réunions « externes » pour se creuser la tête entre cadres sur les moyens de faire baisser le chiffre des inscrits, cela ne suffit plus.
En témoigne la scène de ce matin à Colombes. Nous venons avec une jeune mère de famille radiée pour un rendez-vous qu'elle a reçu après la date de convocation. Le classique, mais celle-ci a tout de même une quinzaine de voisins solidaires qui ont témoigné par écrit des dysfonctionnements de la Poste et de ses retards. Cela n'a pas empêché le directeur de confirmer la radiation. Comme c'est écrit sur le courrier, la personne radiée a demandé par écrit un rendez-vous avec la direction, mais lui a-t-on expliqué à l'accueil, ce droit, en réalité, n'existe pas ; c'est juste une phrase que Pôle emploi met dans les lettres type.
Mais là, nous sommes dix. Conciliabule entre salariés, dont certains trouvent manifestement notre tract très drôle et d'autres beaucoup moins, comme en témoignent leurs regards noirs.
Un « responsable d'équipe » se dévoue pour venir à notre rencontre. Après avoir écouté la précaire concernée, et nous avoir indiqué que « c'était notre droit de contester une radiation », que « c'était aussi notre droit de venir accompagnés », il va rendre compte à son directeur par téléphone.
Et revient nous annoncer que nous serons bien reçus, mais dans trois heures environ, le directeur étant occupé ailleurs.
Ce directeur est un finaud, saluons publiquement sa présence d'esprit. En effet, pouvoir rencontrer son directeur d'agence est en soi un tel progrès pour le précaire isolé, qu'il considèrera souvent que son problème est presque réglé et acceptera ce genre de propositions, ce qui amènera mécaniquement à ce qu'une partie de ceux qui l'accompagnent ne soient plus présents à l'heure du rendez-vous.
Mais nous autres, précaires organisés sommes rodés à la stratégie « Jeckyll & Hyde », comme on l'appelle.
A 11 heures, le docteur Jeckyll vous écoute avec un regard embué, quand vous évoquez l'injustice qui vous frappe, et acquiese avec bonhomie devant votre logique imparable, vous indiquant tout de même qu'il n'était peut-être pas utile de ramener ces militants dévoués mais débordés des associations de chômeurs, qui ont tant à faire ailleurs, avec la misère qui monte.
A 14H30, dans l'immense majorité des cas, quand vous revenez seul, vous patienterez d'abord un bon bout de temps, puis vous serez effectivement reçu. Par Mister Hyde, également appelé « Dura lex, sed lex », qui vous expliquera que votre recours a été rejeté, que c'est comme ça et pas autrement et que vous n'avez qu'à aller au Tribunal Administratif, et demander à ces gauchistes forcenés de vous nourrir dans l'intervalle.
C'est pourquoi, nous décidons vite qu'il est hors de question d'accepter cette proposition. Et qu'il faut bien que les souris dansent pour faire venir le chat.
Nous voilà donc réduits à instruire le « responsable d'équipe » de la nature réelle de la situation en cours. En effet, tout est affaire de qualification. Lorsque dix précaires qui se connaissent viennent ensemble dans un Pôle Emploi, c'est un accompagnement toléré.
Mais se mettent-ils à parler fort et à distribuer des tracts, qu'il s'agit normalement d'une « occupation ». Le terme a donné lieu à une circulaire francilienne, indiquant que la direction départementale doit être immédiatement prévenue dans ce cas-là, et mettre en branle la machine, soit déplacer quelq'un, soit ordonner une évacuation policière.
Mais les directeurs des agences semblent souvent mal à l'aise avec cette procédure. On imagine qu'ils ont le droit ensuite, à l'irritation de leurs supérieurs ; le fonctionnement hiérarchique induit en effet que les problèmes sont toujours la faute de celui du dessous.
Aussi, lorsque nous indiquons aimablement au responsable d'équipes que c'est bien une « occupation », avec la procédure à suivre, il est fort ennuyé. De même lorsque nous lui rappelons qu'il est formellement interdit de distribuer des tracts dans l'agence, et qu'il ne s'en est pas préoocupé.
Doit-il passer par-dessus la tête du directeur et appeler plus haut, respectant ainsi la procédure, mais s'aliénant son supérieur hiérarchique direct ? Rappeler celui-ci mais s'exposer à son irritation, pour avoir mal qualifié la situation ?
Pour l'aider, nous élevons donc la voix, et heureusement c'est le directeur qui rappelle pour savoir si nous sommes partis. Bien que le responsable d'équipe ne souhaite pas nous le passer, nous lui faisons parvenir le message de l' « occupation », en élevant la voix de plus belle.
Finalement, le responsable d'équipe , nous informe que le directeur va arriver incessamment sous peu, et nous invite courtoisement à nous installer dans une salle de réunion.
Quelques dizaines de minutes passent, et le directeur fait irruption dans la pièce. Préparé psychologiquement, il demande sans regarder personne :
« Mme X, c'est qui ? » puis lui intime l'ordre de le suivre.
« Accompagnée, » répond Madame.
Dans le bureau, il ignore d'abord royalement la précaire du collectif, et s'adresse sur un ton courtois à la chômeuse radiée. Celle-ci lui expose ses griefs, ses droits non respectés. Bien qu'il ait signé de sa main la radiation, il affirme ne pas avoir vu les justificatifs pourtant attachés au dossier. Concernant la possibilité de le rencontrer pour chaque chômeur, il affirme que c'est le cas.
Et là, c'est le clash !
« Ce n'est pas la peine de faire PFF ! », dit-il en regardant la chômeuse, qui lui rétorque qu'elle n'a pas fait « Pff ».
En réalité, c'est la précaire du Réseau Solidaire d'Allocataires qui a fait « Pff »
Elle revendique ce très subversif « Pff », relatif à l'absurdité du discours qui consiste à clamer l'existence générique d'un droit, justement bafoué dans le cas particulier.
« Vous faites Pff, si vous voulez ! De toute façon, ce n'est pas mon problème », rétorque-t-il finalement.
Il enchaine rapidement sur l'annulation immédiate de la radiation. Sans doute attendait-il un discours de la précaire du Réseau, mais celle-ci n'a rien à ajouter. Aussi, manifestement frustré, il attaque :
« Et vous n'aviez pas pour autant à vociférer dans mon agence ».
Nous sommes alors contraints de défendre l'honneur de notre collectif, car il se trouve que nous n'avons qu'élevé la voix, et que si avions décidé de vociférer, c'eut été une autre paire de manches. Pour nos actions futures, il importe que la direction de ce Pôle Emploi sache tout de même que nous n'avons pas donné le maximum de nos énergies.
Mais, de mauvaise foi, le directeur refusera de reconnaître l'importance de nos organes vocaux et de notre capacité à faire « Pff », sans laquelle, pourtant cette précaire isolée n'aurait pas obtenu l'annulation de sa radiation, à moins d'entamer une longue procédure au TA.
Camarades radiés, vous n'êtes pas juristes, pas rompus aux procédures devant les tribunaux, pressés de récupérer vos droits ? Vous vous demandez comment créer un collectif de précaires, sans moyens et sans expérience de lutte préalable ?
Commencez donc par trouver quelques autres chômeurs dans la même galère, formez vous quelques heures devant un miroir, en articulant distinctement « occupation », et en faisant « pff » à intervalles réguliers.
Ca ne marche pas à tous les coups bien sûr, mais si on s'y mettait tous, qui sait la tempête que finiraient par déclencher des centaines de milliers de « Pff », soufflés ensemble dans les antennes de la grande machine à radier et à affamer les précaires ?
Contrôle CAF, refus du RSA ?
Avec le RSA vos revenus baissent et vous n'y comprenez rien ?
On vous refuse la prime pour l'emploi
Vous galérez avec la CAF, l'ANPE, la Sécu, ou les services sociaux ?
Avec ou sans papiers, avec ou sans emploi, la solidarité est l'arme des précaires !
Venez nous rencontrer, vous informer, rencontrer d'autres précaires pour faire valoir vos droits aux permanences de lutte du Réseau Solidaire d'Allocataires.
A Paris : tous les mardis de 18H 19H30 à la Maison des Associations du 18ème arrondissement, 15, passage Ramey, métro Marcadet- Poissonniers Contact Tel : 09 54 70 66 22 Mail : ctc.rsa@gmail.com Site : http://www.collectif-rto.org
Chaque semaine, nous sommes présents devant des agences Pôle Emploi et des CAF d'Ile de France. Contactez nous par mail pour les dates et lieux exacts. Si vous nous écrivez pour un problème précis, n'oubliez pas d'indiquer votre département d'origine !
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